Le potelet ou le poteau laid. Coup de gueule sur le poteau

Article écrit en 2012 et posté sur mon ancien blog.

Il y a un peu plus de 10 ans, ils n’étaient « que » 65 000, aujourd’hui ils sont 354 000 dans la capitale, soit une présence des Potelets multipliés par 5.

Le mobilier urbain est, selon une expression contemporaine, une notion englobant tous les objets qui sont installés dans l’espace public d’une ville pour répondre aux besoins des usagers.

Ce développement d’un mobilier urbain, qui n’a de mobilier que le nom et autant d’urbanité que la présence de l’automobile en ville selon certains administrés de la Mairie de Paris sont peut être le mobilier urbain le plus vicieux que Paris ait pu voir dans toute sa longue histoire (restons modestes).

C’est bien connu, la nature comme les administrés de la Mairie de Paris ont horreur du vide.

Aujourd’hui il est commun, voir très commun d’apercevoir au détour d’une rue, ou plutôt d’un trottoir, une enfilade de potelets métalliques. Ils sont la, parmi nous depuis longtemps, depuis si longtemps qu’il ce sont fait oublié du Parisien insouciant et certainement inconscient ! Mais depuis 10 ans, leur présence ne peut plus être le fruit d’une coïncidence pour un piéton autochtone ou d’un quelconque touriste japonais perdu.

Ainsi parfois, au détour d’une rue une enfilade sagement posée en rang d’oignons ou en quinconce, parfois tel un damier et ses cavaliers, gardiens et serviteurs dans un joyeux désordre qui serait un chaos s’il n’avait pas été pensé longuement et soucieusement (je suppose, parfois je fantasme à cette simple idée) par un agent, que dis-je, un haut fonctionnaire de la Mairie de Paris.

En effet, depuis peu, il est une apparition qui n’a mérité aucune contestation notable sous couvert de quelques principes généraux « biopensants », que sont la sécurité, la bonne circulation des biens et des personnes et donc en règle général, du mieux « vivre-ensemble ». En attendant une charte de bonne conduite citoyenne comme il en pousse plus souvent qu’une levée de taxes dans notre douce France, observons de plus prés ce qu’il en est.

Cette apparition fut comme un vent d’acné sur un pauvre adoléchiant renaissant, rappelle l’amour immodéré et sournois de nos administrés pour les ronds-points qui leur rendent bien. Un amour qui rappelle les sombres heures de l’exception culturelle française, autant que pour la corruption bien séante en col blanc. De là à faire un amalgame fâcheux avec ce phénomène urbanoparisien, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas ici.

Pour nous mettre en appétit, voici la petite histoire du Potelet : De la matraque aux potelets ou le jeu de celui qui a la plus grosse.

La forme de ce potelet (et de ses très nombreuses déclinaisons) a été normée en 1807 afin de permettre aux forces de l’ordre de faire prisonnier un contrevenant sur la voie publique, en le menottant à ce poteau (la boule empêchant de se défaire du poteau), sur ordre de Napoléon Bonaparte. Le ratio entre le diamètre de la boule et le disque en dessous a été modifié depuis, pour s’adapter aux nouvelles menottes.

Avec le temps, l’apparition de nouveaux moyens de transport, l’évolution des techniques et des mobiliers urbains à Paris et ailleurs, le métal remplace le bois, plus solide et capable de résister aux assauts répétés de l’automobile et de protéger le piéton inconscient. Son principal avantage est de pouvoir à faible cout (nous y reviendrons) permettre la bonne circulation des piétons en évitant l’empiètement de la voiture sur son espace vital. Signalons à toutes fins utiles, l’impossibilité d’y faire stationner un vélo ou une moto par le truchement fort ingénieux du design particulier du potelet.

Enfin, et comble d’un heureux hasard, le diamètre de la colonne est plus fin en dessous de la boule située à l’apex de celle-ci, qui permet aux forces de l’ordre de fermer rapidement l’accès à une zone jugée à risque, en bouclant un cordon de sécurité au niveau de chaque poteau.

Si l’on peut parfois s’émouvoir que notre chère capitale ait pour le moins des difficultés à entrer dans une nouvelle ère du développement urbain et architectural et qu’elle a sauté du train en marche de la mondialisation, des mauvaises langues diront que je pousse le bouchon d’une situation qui n’est qu’anecdotique et partiellement fausse, mais qui participe à l’exception française dont nous devrions être fière. Or s’il est d’une posture dans le développement urbain qui peut prêter à la critique par sa rapidité d’exécution et son manque de considération pour la personne publique, c’est bien celle-ci.

Au détour d’un programme visant à améliorer la vie des Parisiens contre l’abominable automobile, on en a oublié le principal bénéficiaire : le piéton, enfin dis-je, le parisien.

Un Instant d’urbanité réalité :

Reconnaissons par ailleurs et selon la Mairie de Paris qu’il y a 3 660 000 déplacements effectués à pied, soit un déplacement sur deux à Paris. Si la sécurité du piéton est mise en avant dans l’ensemble des documents publiés par la Mairie, elle en oublie parfois une autre motivation sous-jacente qui s’exprime au travers de ce chiffre : la flânerie, la promenade, le tourisme et surtout le paysage urbain principalement.

Ainsi, dans un interview donné par Le Parisien, Annick Lepetit, adjointe au maire (à l’époque le maire était Bertrand Delanoë) responsable des transports, des déplacements et de l’espace public, explique entre autres choses que “Cela a accompagné la mise en place des modes de circulation douce”, et que “Si l’on peut éviter d’encombrer les rues de Paris, on le fera” et la tendance va continuer. L’adjointe aux transports entend supprimer encore quelques milliers  de places de stationnement avant la fin de la mandature. Elle va poursuivre la mise aux normes pompiers (qui implique la suppression d’une file de stationnements dans les rues trop étroites pour les pompiers), et créer des places de parking pour les deux-roues. Néanmoins, et toujours selon l’adjointe au maire, le fleurissement des potelets sur le pavé parisien devrait ralentir. “Si l’on peut éviter d’encombrer les rues de Paris, on le fera ”. Mais pour l’instant, les potelets restent les seuls remparts à l’incivilité légendaire des Parisiens. Annick Petit indique ainsi très clairement que ce développement encombre la voie publique… Mais mon sens de la logique ne fait qu’un tour, car il me semble inévitable que ces potelets puissent voir leur développement tendre vers une « décroissance » à moins d’avoir une réelle dent contre le piéton…

L’incivilité légendaire des Parisiens… Certain pourrait prétendre à une course à la facilité au travers d’archétype qui toute fois ne manque pas d’un certain réalisme aux quotidiens. Mais devons-nous, parce que des mauvais comportements existent, en transformer radicalement la physionomie de nos rues, ainsi que le déplacement doux que l’on tient tant à préserver ?

Parlons gros sous : en voilà une belle Douille qui douille.

L’aspect financier ne peut être éludé pour saisir l’émergence de ces excroissances urbaines, puisque l’on ne peut mettre un agent derrière chaque automobiliste, il est donc préférable d’introduire le gendarme potelet bien moins cher et qui ne fera pas intervenir trop lourdement les faibles deniers de l’habitant parisien consentant malgré lui.

Cette petite armée en acier comme aime à le prénommer Le Parisien, coûte une petite fortune. En effet, la mise en place des nouveaux potelets a coûté 15 M€ à la mairie de Paris depuis 2001. Elles sont fabriquées par l’entreprise Seri qui facture (et c’est son droit), les pylônes aux alentours de 24 € et 38 € pièce (selon les modèles). Ce qui en fait l’un des éléments de mobilier urbain les moins chers… à l’unité. À titre comparatif, une plaque de rue coûte 50 €, un banc 400 €, une grille d’arbre 430 € et un réverbère 1 500 €. Mais au coût de fabrication du potelet, il faut ajouter 30 € en moyenne pour la pose.

La réglementation : Un barreau de droit, tout le reste d’équerre

Le petit potelet, malgré son développement bien souvent ubuesque, est délicieusement contraint à quelques règlements d’urbanisme pourtant restrictif, mais qui, bien évidemment, ne limite en rien son développement. En effet, si leur surface au sol est relativement faible, celle-ci doit être compensée par une hauteur relativement grande (en somme, tout est relatif) : par exemple, un potelet d’un diamètre de 6 centimètres doit avoir une hauteur de 1,20 mètre)

Si leur hauteur est relativement faible, celle-ci doit être compensée par une surface au sol relativement grande.  Ainsi tout est relatif dans l’absolu.

Jusqu’en 2001 les potelets à boule (diamètre de la sphère en partie supérieure : 9 cm) étaient posés à une hauteur de 0,80 ou 0,85 mètre, alors que les potelets Champs-Élysées (diamètre de la sphère en partie supérieure : 6,6 cm) étaient à environ 1,05 mètre. Comme l’exige la réglementation en vigueur, les potelets seront désormais installés à 1,20 mètre de hauteur à Paris (sur les voies où la largeur de chaussée est inférieure à 4 m, ils seront posés à 1 m pour permettre la rotation des tourelles des échelles des sapeurs-pompiers). Les modalités de rehaussement des potelets existants de 0,80 mètre, hors-norme, devront faire l’objet d’une proposition agréée par la Commission du Mobilier urbain. Bien entendu, ces normes n’ont pas vocation à se maintenir et ont la fâcheuse tendance à changer au grès des intérêts particuliers, que dis-je, pour le bien commun évidemment. Et pour faire, tourner la planche à billets. Il faut bien soutenir l’économie !

 Pour finir, malgré tout gardons le sourire  :

Bien que sa forme et sa taille puissent suggérer un objet urbain relativement bandant, son contact peut être extrêmement douloureux. Car si les crottes de chien (autre stéréotype parisien sans commune mesure avec la réalité) ne nous empêchaient aucunement de lever le nez pour admirer les nombreuses merveilles de l’architecture parisienne, car il n’y a plus que le parisien pour accepter le sort qui lui est potentiellement imputé à chaque sortie quotidienne, et l’apparition du potelet le force dorénavant à une certaine retenue. Il existe certainement un autre travers à la multiplication de ses douilles d’acier sur la voie publique est celui de notre fidèle canidé qui, n’ayant plus comme unique choix de démarquer son territoire sur les réverbères qui jalonnent modestement la rue, pourrait avoir à la vue de cette moisson de poteau, un comportement schizophrénique, contre lesquelles se soulager au détriment de la vie de leurs maitres.

Gageons que dans les années avenirs, nous puissions, nous piétons, parisiens, parisiennes, habiter et parcourir Paris en harmonie avec nos amis canins et félins, car c’est peut encore les seuls aujourd’hui à être acceptés par la Mairie.

Maj : Depuis peu, il sévit dans certaines rues de Paris, un phénomène artistique amusant comme une réponse illuminée à la morne et systématique présence des potelets dans les rues de la capitale.

Sources :

Paris.evous.fr

Benlem2 : Un article richement doté en photographies édifiantes sur la place du potelet dans nos rues.

Le Parisien 

Systeme poucet

Parislabel

Deux degrés : Excellent article de l’équipe Deux degrés sur les Méchants Vs Gentils.

Paris.fr

Slate.fr

A propos Calosci Loup

Géographe et Architecte de Formation et actuellement doctorant en Architecture à l'ENSAPLV & Paris Sorbonne 1.

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